Alors que la violence continue de secouer plusieurs villes du pays, Haïti, contre toute attente apparente, réussit encore à montrer au monde qu’elle garde une part de sa lumière. Au milieu des actes de vandalisme, des quartiers bouclés et des nuits sans sommeil, plusieurs de ses fils et filles portent ses couleurs plus haut que jamais. Et quelque part, cela dit quelque chose de nous: un peuple qui plie, qui tombe même parfois, mais qui ne renonce jamais vraiment.
Sur le plan sportif, il faut bien le reconnaître: rarement une nouvelle aura autant réchauffé le cœur des Haïtiens. C’est confirmé, Haïti participera à la Coupe du Monde 2026. Une phrase qui semblait réservée à l’histoire ancienne et qui redevient miraculeusement actuelle. En effet, après 51 années d’absence, les Grenadiers reviennent sur la scène mondiale. Pourtant, rien n’a été simple: matchs délocalisés, incertitudes, déplacements forcés, insécurités… Et malgré tout, ils ont trouvé la force. Un rappel que, même dans l’adversité, nous sommes capables d’écrire des pages que personne n’attendait.
Sur la scène de l’esthétique, une autre présence a marqué les esprits: Mélissa Queenie Sapini. Sa participation au concours Miss Univers Haïti 2025 après deux ans de silence a été reçue comme un souffle. Sapini, haïtienne-américaine, a choisi de venir défendre et d’exposer les couleurs d’un pays blessé mais digne. Elle porte nos filles, nos rêves, nos frustrations aussi, et dit au monde par son passage marquant qu’Haïti existe encore, et qu’elle mérite d’être regardée autrement que par le prisme de ses blessures.
Sur le terrain culturel et économique, c’est Ayitika qui vient rappeler que le génie haïtien ne s’arrête jamais aux frontières de la crise. Deux médailles aux International Chocolate Awards 2025; une d’argent pour le “Jenjanm” 65 % et une de bronze pour le “Jakmèl” 70 %. Et ce n’est pas seulement un trophée de plus dans une vitrine. C’est la preuve que nos terres, nos agricultrices et agriculteurs, notre savoir-faire peuvent se mesurer aux meilleurs du monde, que même dans un pays où tout semble fragile, des choses solides peuvent continuer de pousser.
Patrimonialement, une autre victoire avance discrètement mais sûrement: celle du konpa. En effet, le projet d’inscrire cette tendance musicale sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO progresse. Et il était temps. Parce que le konpa n’est pas qu’un rythme: c’est un langage commun, un refuge, un souvenir collectif. Peut-être même l’un des derniers espaces où nous continuons d’être un peuple uni.
Nonobstant, il faut le dire sans détour, ces réussites n’effacent pas la réalité brutale du quotidien. L’insécurité, les gangs, la criminalité, la fatigue morale d’un peuple qui survit plus qu’il ne vit parfois, tout cela demeure. Les services publics vacillent, l’économie s’effrite, l’école perd des bataillons entiers d’enfants. Et malgré cette noirceur, c’est précisément dans ces moments que surgissent ces éclats de victoire, comme si Haïti refusait obstinément de se laisser réduire à ses douleurs. Parce qu’en vérité, ces triomphes ne sont pas des exceptions; ce sont des actes de résistance et un appel à soutenir ces efforts, à reconnaître ces victoires, à encourager ceux qui se battent encore pour sauver l’image, l’âme et les possibilités d’un pays qui choisit depuis toujours, la résilience comme d’autres choisissent la respiration.
Cynthia MAXI





















































































































































































































































































