Société

Sécurité à Port-au-Prince : l’État face au défi de la preuve

Par Elminis Brinia
janvier 8, 2026 3 min 40

 

En affirmant que Port-au-Prince n’est ni tombée ni sur le point de tomber, le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, engage bien plus qu’un discours politique : il place l’action de l’État haïtien sous le regard critique d’une population qui attend désormais des résultats mesurables. Dans un contexte de violence persistante, la question centrale reste celle de la crédibilité institutionnelle.

D’une part, l’intervention de Mario Andrésol sur les ondes de Magik9, le 7 janvier 2026, s’inscrit dans une tradition de communication de crise visant à contenir la peur collective. En se voulant rassurant, le responsable gouvernemental a cherché à contrer l’idée largement répandue d’une capitale livrée aux gangs armés. Cette posture, prudente sur le plan politique, vise également à éviter toute perception d’effondrement de l’autorité de l’État.

D’autre part, les annonces relatives à la reprise progressive du centre-ville et à la réouverture des axes stratégiques vers le Nord et le Sud soulèvent un enjeu majeur : celui du passage du discours à l’exécution. En effet, ces corridors routiers représentent un indicateur clé de la capacité réelle des forces de sécurité à garantir la libre circulation, élément fondamental de la souveraineté étatique et du fonctionnement économique du pays.

Par ailleurs, la mise en avant d’une meilleure coordination entre la Police nationale d’Haïti, les Forces armées d’Haïti, la Force de suppression des gangs et la Task Force traduit une reconnaissance implicite des failles passées. Cette synergie, présentée comme un tournant stratégique, est désormais appelée à produire des effets visibles, tant sur la réduction des zones de non-droit que sur la protection des populations civiles.

Cependant, au-delà des structures opérationnelles, la question de la confiance demeure centrale. Depuis plusieurs années, les promesses de rétablissement de la sécurité se sont succédé sans toujours se traduire par une amélioration durable sur le terrain. À ce titre, l’opinion publique observe avec prudence les nouvelles annonces, consciente que la légitimité de l’action publique se construit moins par les déclarations que par l’impact concret sur le quotidien.

Dans le même temps, l’échéance du 7 février, évoquée par le secrétaire d’État, ajoute une dimension symbolique et politique aux opérations en cours. Cette date, historiquement chargée, accroît la pression sur les autorités, appelées à démontrer que la stratégie sécuritaire ne répond pas uniquement à un impératif de communication, mais s’inscrit dans une vision de long terme.

En conclusion, les propos de Mario Andrésol marquent un moment de clarification : l’État haïtien affirme sa volonté de rester maître de Port-au-Prince. Toutefois, cette affirmation engage une responsabilité accrue. Dans un contexte où la population juge à l’aune des faits, seule la consolidation effective de la sécurité, mesurable et durable, permettra de transformer l’assurance officielle en confiance citoyenne.

Brinia ELMINIS 

À propos de Elminis Brinia

Elminis Brinia est rédactrice au sein de BwatNouvèl. Journaliste de formation et professionnelle des médias, elle analyse et couvre l’actualité nationale et internationale avec rigueur, sens critique et responsabilité éditoriale. Son travail s’inscrit dans une démarche d’information fiable, accessible et ancrée dans les réalités sociales contemporaines.

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