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Quand la politique migratoire bute sur la réalité humanitaire : le cas des Haïtiens sous Temporary Protected Status (TPS)

Par Elminis Brinia
décembre 3, 2025 3 min 57
Haïtiens sous TPS et enjeux humanitaires.

Haïtiens sous TPS et enjeux humanitaires.

Depuis 2025, les bénéficiaires du TPS originaires d’Haïti se trouvent à nouveau dans l’incertitude : le U.S. Department of Homeland Security (DHS), dirigé depuis peu par Kristi Noem, a annoncé la fin de la désignation d’Haïti, un revirement qui prendra effet le 3 février 2026.

Cette décision marque la fin d’un statut accordé pendant près de seize ans, initialement en 2010, après le tremblement de terre dévastateur, pour permettre aux Haïtiens de rester légalement aux États-Unis face à l’impossibilité, à l’époque, de retourner en toute sécurité dans leur pays.

Pourtant, derrière cette démarche administrative se dessinent des conséquences humaines potentiellement dramatiques.

D’abord, l’argument officiel : le DHS considère que Haïti ne remplit plus les critères pour le TPS, estimant que les conditions d’extraordinaire danger ou d’instabilité ne justifient plus un refuge temporaire. Toutefois, la réalité sur le terrain semble contredire cette évaluation : violence généralisée, crise économique, contrôle de larges portions du territoire par des groupes armés, déplacements internes massifs, autant de facteurs que dénoncent des ONG et experts de la migration.

Ensuite, ce revirement révèle les limites d’un mécanisme comme le TPS, quand il dépend essentiellement de décisions politiques. Après que l’ancien responsable du DHS, Alejandro Mayorkas, avait prolongé le TPS en 2024 jusqu’en 2026, Kristi Noem a rapidement « partiellement annulé » cette extension pour hâter la fin du programme pour Haïti. Dès lors, plusieurs centaines de milliers de personnes ayant construit une vie, un emploi, voire une famille, se voient confrontées à un retour forcé potentiel.

Par conséquent, le risque d’une crise humanitaire « importée » se profile : expulsion vers un pays toujours en crise, séparation de familles, perte d’emploi, précarisation. Selon des associations de défense des droits des migrants, l’arrêt du TPS représente une « méconnaissance de l’humanité des immigrants ». Beaucoup vivent aux États-Unis depuis des décennies, leurs enfants y sont nés ou y ont grandi.

Par ailleurs, cette décision s’inscrit dans un cadre plus large de durcissement de la politique migratoire depuis le retour de Donald Trump à la présidence. Elle intervient alors que d’autres programmes (asile, naturalisation, immigration légale) sont aussi gelés ou suspendus pour des ressortissants de pays considérés comme à risque .

Cela pose une question essentielle : peut-on à la fois revendiquer un système d’immigration juste et humanitaire  comme le furent les fondements du TPS, et décider, en période de crise persistante, de retirer les protections légales à des personnes vulnérables ? Ce dilemme moral et politique doit nous interpeller.

En fin de compte, la décision de mettre fin au TPS pour Haïti n’est pas qu’un simple ajustement administratif. C’est un choix de société, un choix sur ce que nous estimons acceptable en matière de solidarité, de dignité humaine, de responsabilité envers des personnes qui, pour beaucoup, ont bâti une existence loin de leur terre natale.

À l’approche de la date butoir, il est urgent que les autorités américaines, les communautés haïtiennes et les acteurs de la société civile évaluent les effets concrets de cette décision, afin d’éviter un retour forcé vers l’incertitude, la violence, ou la détresse.

Brinia ELMINIS 

À propos de Elminis Brinia

Elminis Brinia est rédactrice au sein de BwatNouvèl. Journaliste de formation et professionnelle des médias, elle analyse et couvre l’actualité nationale et internationale avec rigueur, sens critique et responsabilité éditoriale. Son travail s’inscrit dans une démarche d’information fiable, accessible et ancrée dans les réalités sociales contemporaines.

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