Alors que la diplomatie haïtienne devrait incarner la rigueur, la compétence et la représentation équilibrée de l’État à l’étranger, la situation de la mission d’Haïti aux Bahamas soulève de sérieuses interrogations. En cause : un effectif jugé excessif par les autorités bahaméennes, au mépris des normes diplomatiques établies.
Selon des informations relayées par Radio Télé Métropole, la mission diplomatique d’Haïti aux Bahamas compterait actuellement trente-huit employés, alors que les standards reconnus n’en prévoient que huit. Cette situation, qualifiée de préoccupante par le gouvernement bahaméen, a conduit les autorités locales à interpeller officiellement l’État haïtien afin qu’il procède à une réduction significative de son personnel diplomatique sur place.
En effet, les Bahamas auraient accordé un délai de deux mois à la chancellerie haïtienne pour se conformer aux exigences diplomatiques en vigueur. Cette demande ne s’inscrit pas dans une démarche hostile, mais plutôt dans le respect des conventions internationales qui encadrent la présence et le fonctionnement des missions étrangères. Les autorités bahaméennes estiment, à cet égard, qu’une majorité des diplomates actuellement en poste ne répondraient pas aux critères requis en matière de qualification et de statut.
Par ailleurs, cette exigence n’est pas isolée. Plusieurs autres pays partenaires, notamment les États-Unis, le Canada et la France, auraient formulé des remarques similaires à l’endroit des autorités haïtiennes concernant la composition et la gestion de leurs missions diplomatiques. Toutefois, jusqu’à présent, aucune mesure corrective notable n’aurait été appliquée, ce qui alimente les critiques sur l’inaction de l’État.
De surcroît, cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de gouvernance diplomatique contestée. Sous l’administration du Conseil présidentiel de transition (CPT), plusieurs nominations auraient été effectuées sans que les personnes concernées ne disposent des qualifications diplomatiques appropriées. Cette pratique, dénoncée par divers observateurs, contribue à fragiliser l’image d’Haïti à l’international et à alourdir inutilement les charges financières de l’État.
Ainsi, le cas de la mission haïtienne aux Bahamas apparaît comme le symptôme d’un dysfonctionnement structurel plus profond. La question n’est pas seulement celle du nombre, mais celle de la compétence, de la transparence et du respect des règles qui fondent la diplomatie moderne.
En conclusion, cette alerte lancée par les autorités bahaméennes doit être prise avec le sérieux qu’elle impose. Dans un contexte où Haïti cherche à restaurer sa crédibilité et à renforcer ses relations internationales, la réforme de sa diplomatie ne peut plus être différée. Une action responsable, conforme aux normes et guidée par l’intérêt national, s’impose désormais comme une nécessité, et non comme une option.
Brinia ELMINIS
