En choisissant la date symbolique du 1ᵉʳ janvier, à la fois fête de l’Indépendance d’Haïti et début de la nouvelle année, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a délivré un message qui, s’il se veut porteur d’espoir, s’inscrit surtout dans une continuité diplomatique soigneusement maîtrisée.
Dans sa déclaration officielle, Marco Rubio a réaffirmé l’engagement des États-Unis aux côtés du peuple haïtien, soulignant la nécessité de renforcer la sécurité, de lutter contre les gangs armés et de rétablir la stabilité institutionnelle. À ce titre, Washington dit soutenir la mise en place d’une force spéciale de répression des gangs, appelée à coopérer avec les forces de sécurité haïtiennes, présentée comme un préalable indispensable à l’organisation d’élections crédibles.
Toutefois, ce positionnement n’est ni nouveau ni isolé. Depuis ses débuts en politique, d’abord comme sénateur influent puis aujourd’hui à la tête de la diplomatie américaine, Marco Rubio s’est imposé comme un défenseur constant d’une ligne fondée sur la sécurité, la gouvernance et la stabilité institutionnelle, en particulier dans l’espace caribéen et latino-américain. Son discours sur Haïti reflète ainsi une approche cohérente avec son parcours : insister sur l’ordre, condition préalable à toute transition démocratique.
En effet, le message adressé à Haïti reprend les principaux axes de la diplomatie américaine de ces dernières années. D’une part, il réaffirme un soutien politique clair au processus électoral. D’autre part, il conditionne implicitement ce soutien à des avancées concrètes sur le plan sécuritaire, sans toutefois détailler les mécanismes opérationnels ni les échéances précises.
Par ailleurs, le ton employé reste volontairement mesuré. Marco Rubio évite toute ingérence explicite, privilégiant une rhétorique d’accompagnement et de partenariat. Cette prudence s’explique à la fois par les critiques historiques adressées à l’interventionnisme américain en Haïti et par la complexité actuelle du terrain, marqué par l’emprise des gangs, la fragilité des institutions et la défiance d’une large partie de la population.
Cependant, si ce discours s’inscrit dans une logique diplomatique cohérente, il met également en lumière les limites de l’approche internationale. En l’absence de garanties claires sur l’inclusivité du processus électoral, sur le respect de la souveraineté nationale et sur l’amélioration tangible des conditions de vie, les déclarations de soutien risquent de rester symboliques.
En définitive, le message de Marco Rubio, prononcé à un moment hautement symbolique pour Haïti, illustre la constance de la diplomatie américaine plus qu’un tournant décisif. Il rappelle que, malgré les encouragements internationaux, la reconstruction institutionnelle d’Haïti demeure avant tout un défi interne, dont la réussite dépendra de la capacité des acteurs haïtiens à transformer l’appui extérieur en leviers concrets, durables et légitimes.
Brinia ELMINIS
