
Le patineur haïtien Gesny Pierre-Louis, originaire de Cité Soleil et aujourd’hui installé au Chili, continue de s’imposer comme l’un des visages les plus brillants du patinage inline freestyle dans la région et au-delà. Autodidacte, talentueux, discipliné, il s’est forgé une trajectoire exceptionnelle qui l’a déjà mené aux plus grandes compétitions du continent américain et d’Europe. Pourtant, derrière ses performances extraordinaires se cache une réalité dure : le jeune athlète évolue presque entièrement sans soutien financier officiel, malgré les attentes placées sur ses épaules.
Un parcours construit à la force du courage
Gesny Pierre-Louis s’est fait connaître en accumulant des résultats remarquables :
Champion national du Chili en décembre 2024 dans la catégorie Free Jump ;
Vainqueur de la Lucas Slalom Cup 2025 en Espagne, grâce à un saut impressionnant de 1,35 m
Classé 8ᵉ patineur mondial en inline freestyle selon les classements spécialisés ;
Sélectionné pour représenter Haïti aux Inline Freestyle World Championships 2025, à Singapour du 1er au 4 décembre 2025.
Chaque étape de son ascension est marquée par un travail acharné, une discipline personnelle rare et une résilience typiquement haïtienne qui pousse nos talents à briller malgré tout.
Un passage en Équateur : formation, préparation, mais aucune aide officielle
En novembre 2025, Gesny s’est rendu en Équateur pour participer à une formation professionnelle, ainsi qu’à un examen de certification internationale visant à l’aider à préparer le Mondial de Singapour. Cette initiative démontre non seulement l’ambition du jeune patineur, mais aussi sa volonté de s’entraîner au même niveau que les meilleurs athlètes mondiaux.
Cependant, une précision importante s’impose :
La Fédération Haïtienne de Roller Sports (FHRS) a officiellement inscrit Gesny Pierre-Louis pour les championnats du monde… mais elle ne lui a accordé aucun soutien financier.
Pas de billet d’avion.
Pas d’ hébergement.
Pas de prise en charge de l’équipement.
Pas même un per diem ou un soutien logistique minimal.
Tout, absolument tout repose sur les épaules du jeune athlète, de sa famille, et de quelques soutiens privés occasionnels.
Une préparation mondiale financée par… Gesny lui-même
Pour se rendre au Chili, en Espagne, en Équateur, puis à Singapour, Gesny doit :
- Trouver ses propres sponsors,
- Accepter de petits emplois,
- Lancer des levées de fonds sur les réseaux sociaux,
- Compter sur la solidarité de la diaspora.
Malgré cette course constante contre les réalités économiques, il continue de performer au plus haut niveau, au point de devenir une figure majeure dans une discipline très exigeante, dominée par des pays mieux structurés comme l’Espagne, l’Italie, la France ou le Chili.
Le paradoxe haïtien : inscrire un athlète, mais ne rien investir dans sa réussite
Cette situation révèle un problème plus large :
La Fédération a le pouvoir administratif d’inscrire un athlète à une compétition internationale.
Mais elle ne développe pas les moyens financiers, structurels ou humains nécessaires pour assurer sa préparation digne de ce nom.
Résultat : Gesny porte le drapeau haïtien, l’honneur national, la visibilité internationale, mais presque aucune institution nationale n’investit dans cette réussite.
C’est un paradoxe triste et fréquent dans le sport haïtien : Les talents portent Haïti ; Haïti ne porte pas ses talents.
Malgré cela, Gesny n’abandonne pas. Dans toutes ses interviews, il répète :
« Je veux représenter Haïti avec dignité. Je veux ramener une médaille pour mon pays. »
Peu d’athlètes haïtiens, tous sports confondus, arrivent à une telle visibilité mondiale, encore moins, sans soutien fédéral.
À quelques jours de son entrée aux Mondiaux de Singapour 2025, Gesny Pierre-Louis porte seul la charge d’un rêve collectif : celui de voir Haïti briller non seulement en musique, en culture, en histoire, mais aussi, enfin, dans les arènes sportives internationales.
Sa réussite ou son échec n’appartiendra qu’à lui.
Son courage, lui, appartient à toute une nation.
Reste la question fondamentale : quand Haïti décidera-t-elle d’investir réellement dans ses champions ?
Jean Dalens SEVERE


































