
Protection de l’enfance : mise en service d’un centre de rééducation dans le Sud, entre volonté politique et défis structurels
Dans un contexte national marqué par l’insécurité persistante et l’affaiblissement des mécanismes de protection sociale, la mise en service d’un centre de rééducation pour enfants dans le Sud par le Conseiller-Président Leslie Voltaire relance le débat sur la capacité de l’État haïtien à garantir les droits fondamentaux des mineurs.
Le samedi 13 décembre, le Conseiller-Président Leslie Voltaire, accompagné de membres de son cabinet, de responsables du ministère des Affaires sociales et du Travail et de cadres de l’Institut du Bien-Être Social et de Recherches (IBESR), a inauguré le pôle Sud du dispositif tripolaire de maisons de rééducation pour enfants. Cette initiative institutionnelle vise à offrir un cadre de prise en charge aux enfants en situation de vulnérabilité ou en conflit avec la loi, dans une logique d’encadrement et de protection.
Dans cette perspective, le projet prévoit l’implantation de structures similaires dans les régions de l’Ouest et du Nord, traduisant la volonté affichée des autorités de déployer une réponse à l’échelle nationale. À un moment où de nombreux enfants se retrouvent exposés à l’errance, à la violence et à l’exclusion, l’État entend réaffirmer son rôle en matière de protection sociale, à travers des mécanismes orientés vers la rééducation et la réinsertion.
Cependant, cette démarche s’inscrit dans un environnement particulièrement dégradé. Selon les données communiquées par le Conseiller-Président, 2 269 violations graves des droits des enfants ont été recensées en 2025, soit une augmentation significative par rapport à l’année précédente. Ces chiffres témoignent d’une aggravation de la situation sécuritaire et de ses répercussions directes sur les mineurs.
À ce titre, Leslie Voltaire a rappelé que les enfants figurent parmi les principales victimes de la violence armée, certains étant associés, sous la contrainte, à des groupes armés. Cette réalité les expose à des abus multiples et à une privation prolongée de leurs droits fondamentaux, notamment l’accès à l’éducation et à un environnement protecteur.
Dans ce contexte, les maisons de rééducation sont présentées par les autorités comme des espaces de reconstruction sociale. L’approche retenue repose sur une prise en charge individualisée, tenant compte des besoins spécifiques de chaque enfant, et excluant toute logique de culpabilisation. Le Conseiller-Président a par ailleurs indiqué que le financement des activités prévues est d’ores et déjà assuré, un élément jugé déterminant pour la viabilité du projet.
En définitive, l’inauguration du pôle Sud du dispositif de maisons de rééducation constitue une étape institutionnelle importante dans la réponse de l’État haïtien à la vulnérabilité des enfants. Si cette initiative traduit une volonté politique affirmée, son efficacité dépendra de sa mise en œuvre concrète, de sa continuité et de son articulation avec des politiques publiques plus larges de prévention et de protection de l’enfance. La situation des mineurs demeure ainsi un indicateur clé de la responsabilité et de la crédibilité de l’action publique en Haïti.
Brinia ELMINIS
