À première vue, rien ne semble relier le vote du Sénat américain sur le Venezuela et les opérations sécuritaires menées à Port-au-Prince. Pourtant, ces deux situations posent une même question centrale : comment un État exerce-t-il la force armée tout en restant soumis à des mécanismes de contrôle et de responsabilité ?
Aux États-Unis, le Sénat a adopté une loi interdisant à l’administration Trump de lancer de nouvelles actions militaires contre le Venezuela sans l’autorisation préalable du Congrès. Adopté par une courte majorité de 52 voix contre 47, ce texte traduit la volonté des législateurs de réaffirmer un principe constitutionnel fondamental : l’usage de la force militaire ne relève pas de la seule initiative de l’exécutif.
Ce vote intervient dans un contexte de tensions récurrentes entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif sur la conduite de la politique étrangère. En exigeant l’aval du Congrès, les sénateurs cherchent à prévenir toute décision unilatérale susceptible d’engager durablement le pays dans un conflit armé, sans débat démocratique préalable.
En Haïti, la problématique se décline autrement, mais repose sur la même exigence de cadre. Face à l’emprise des gangs armés, les autorités haïtiennes ont intensifié les opérations sécuritaires dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Le jeudi 8 janvier 2026, la Police nationale d’Haïti, appuyée par des officiers kényans et des éléments des Forces armées d’Haïti, est intervenue notamment à Bel-Air et à Bas-Delmas.
Ces opérations, selon les autorités, ont permis des saisies d’armes, des arrestations et la neutralisation de membres de groupes criminels. Le commissaire divisionnaire Jacques Ader a indiqué que ces actions se poursuivront, avec pour objectif de rétablir l’autorité de l’État et de réduire la capacité de nuisance des gangs armés.
Cependant, comme dans le cas américain, l’efficacité de l’action armée dépend aussi de son encadrement. Les autorités rappellent que les bilans restent évolutifs et que les personnes interpellées bénéficient de la présomption d’innocence. Ces précautions soulignent la nécessité de concilier impératif sécuritaire et respect des règles de droit, afin de préserver la légitimité de l’action publique.
Ainsi, malgré des contextes radicalement différents, le lien entre ces deux cas réside dans une même problématique institutionnelle : l’usage de la force, qu’il soit militaire à l’étranger ou sécuritaire à l’intérieur du territoire, ne peut être dissocié de mécanismes de contrôle, de transparence et de responsabilité. C’est à cette condition que l’autorité de l’État peut s’exercer durablement sans remettre en cause les principes fondamentaux de la gouvernance démocratique.
Brinia ELMINIS
