Depuis plusieurs semaines, Haïti assiste à une escalade des opérations menées contre les groupes armés, en particulier la coalition criminelle « Viv Ansanm ». Les interventions ciblées à Bel Air, Delmas 2, Delmas 4 et plus récemment Delmas 6 soulèvent des questions cruciales sur la sécurité, la résilience des quartiers et l’impact des stratégies policières sur la vie des citoyens.
Les dernières frappes, menées à Delmas 6 et visant les résidences du chef de gang Jimmy Chérisier, alias Barbecue, illustrent une approche plus directe des forces de l’ordre. Après la destruction des trois maisons ciblées, des agents ont pénétré les lieux et saisi du matériel lié aux activités criminelles. Toutefois, aucun bilan humain n’a été communiqué, et la présence de Barbecue au moment de l’opération reste inconnue. Cette incertitude souligne la difficulté de confirmer les faits immédiatement dans un contexte urbain complexe et volatile.
Par ailleurs, l’ampleur de ces opérations a provoqué une dispersion significative des membres du gang. Selon des sources locales, plusieurs criminels auraient trouvé refuge à Cité Soleil, tandis que d’autres fuient vers des zones périphériques. Ce mouvement démontre à la fois l’efficacité partielle des interventions et le défi permanent que représente le contrôle du territoire pour les autorités.
En outre, ces actions semblent modifier la dynamique de la criminalité dans la capitale. Les chefs de gangs, longtemps visibles sur les réseaux sociaux et responsables de menaces publiques, ont progressivement disparu des radars. Cela pourrait refléter un impact psychologique des interventions sur la hiérarchie des groupes armés, mais aussi une adaptation stratégique des criminels face à la pression des forces de l’ordre.
Enfin, l’angle humain de cette lutte ne peut être ignoré. Des milliers de citoyens ont été victimes de violences, de vols, d’assassinats ou de viols. Chaque opération policière, tout en visant à réduire le pouvoir des gangs, a des répercussions directes sur les communautés locales, qu’il s’agisse de déplacements forcés, de destruction de biens ou de traumatisme collectif.
Si la détermination des autorités est manifeste, la route vers une sécurité durable reste semée d’embûches. Il est essentiel que les interventions continuent d’être menées dans le respect des droits humains, avec transparence et communication claire sur leurs effets. La société haïtienne attend non seulement la neutralisation des criminels, mais aussi la garantie que les citoyens retrouveront leur droit fondamental à vivre sans peur.
Brinia ELMINIS
