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Alors que les habitants de Pont-Sondé et de Montrouis vivent au rythme de la peur et des attaques armées, une question centrale s’impose : jusqu’où peut aller le silence des autorités face à une crise sécuritaire qui ne cesse de s’aggraver ?
Le département de l’Artibonite traverse une nouvelle vague de violence qui bouleverse profondément la vie des communautés locales. Des groupes armés, désormais omniprésents, imposent leur loi dans plusieurs localités, spécialement à Pont-Sondé. En effet, selon des témoignages concordants, les habitants décrivent une situation où ils se sentent abandonnés face aux agressions répétées. C’est dans ce contexte explosif que le Protecteur du Citoyen, Me Jean Wilner Morin, interpelle officiellement le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé sur ce qu’il qualifie lui-même de situation d’urgence nationale.
Autrement dit, la correspondance adressée au chef du gouvernement ne constitue pas une simple mise en garde : elle vise à rappeler le caractère légal et impératif de l’intervention de l’État. Plusieurs résidents affirment avoir perdu des proches dont ils n’ont plus aucune nouvelle. Plus précisément, les assauts armés ont laissé derrière eux des zones traumatisées, sans présence policière suffisante pour freiner l’expansion de la violence. Le Protecteur du Citoyen dénonce aussi le mutisme institutionnel et l’absence de réaction immédiate de la Police nationale d’Haïti.
En d’autres termes, Me Morin rappelle un point juridique essentiel : le Premier ministre est le chef du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN). En vertu de l’article 12 de la loi créant cette instance, il détient le pouvoir d’exiger du directeur général de la PNH des opérations capables de rétablir l’ordre et la sécurité. Pourtant, depuis plusieurs jours, aucune action significative n’a été menée à Pont-Sondé malgré la multiplication des attaques.
Concrètement, cette absence de réaction fait peser une responsabilité directe sur les autorités. Les résidents, livrés à eux-mêmes, expriment un sentiment de découragement profond. Le contraste entre les obligations légales du CSPN et l’inaction constatée sur le terrain met en lumière un dysfonctionnement institutionnel majeur, souvent passé sous silence dans le débat public.
Face à une population exposée à la violence et à l’incertitude, le gouvernement ne peut plus se permettre de rester immobile. Le rappel du Protecteur du Citoyen n’est pas un avertissement parmi d’autres : c’est un appel urgent au respect des obligations de l’État. Restaurer la sécurité dans l’Artibonite exige une réponse rapide, coordonnée et transparente. Au bout du compte, toute hésitation risque d’aggraver une crise déjà dramatique et de miner davantage la confiance de la population dans ses institutions.
Brinia ELMINIS
