
Dans l’histoire politique d’Haïti, peu de figures incarnent avec autant de dignité, de courage et de sens de l’État qu’Ertha Pascal-Trouillot. Première femme présidente d’Haïti, magistrate respectée, elle est arrivée au pouvoir en mars 1990, à un moment où le pays sortait d’une longue période de turbulences, d’instabilités militaires et de défiance généralisée envers les institutions. Pourtant, en quelques mois seulement, et malgré un contexte explosif, elle a réussi ce que plusieurs gouvernements après elle n’ont même pas pu envisager : organiser des élections libres, crédibles et incontestées.
Une mission presque impossible, mais accomplie avec rigueur
Lorsque le Haut Conseil d’État lui confie la présidence provisoire, Haïti est fracturé, traumatisé, en quête de repères. Le climat politique est précaire, les ambitions individuelles s’affrontent, et la population réclame enfin un avenir démocratique. Ertha Pascal-Trouillot, avec sa rigueur de juriste et sa détermination tranquille, s’entoure de techniciens électoraux, renforce les institutions provisoires, stabilise les tensions internes et parvient, en décembre 1990, à organiser l’un des scrutins les plus historiques du pays, celui qui portera Jean-Bertrand Aristide à la présidence.
Son gouvernement, court mais efficace, est devenu une référence en matière de transition réussie. Elle a prouvé qu’une gestion neutre, responsable et centrée sur l’intérêt national peut donner des résultats concrets, même dans la tourmente.
Un contraste frappant avec la situation actuelle
Trente-cinq ans plus tard, le contraste est saisissant.
Alors qu’une femme seule, entourée d’une équipe restreinte, dans un pays marqué par des tensions militaires, a pu organiser des élections libres, le gouvernement actuel, doté de moyens nettement supérieurs, soumis à une pression internationale constante et disposant d’un temps beaucoup plus long, peine encore à offrir au peuple haïtien le droit fondamental de choisir ses dirigeants.
Les promesses se multiplient, les dialogues s’enchaînent, les commissions se créent et disparaissent, mais les élections restent un mirage. Cette incapacité, dans un contexte déjà fragile, prolonge l’incertitude et mine davantage la confiance des citoyens dans l’État.
Ertha Pascal-Trouillot : un modèle de leadership oublié
Ertha Pascal-Trouillot représente un leadership aujourd’hui rare :
- Un leadership neutre et non partisan, orienté uniquement vers la stabilité du pays ;
- Un leadership courageux, qui affronte les menaces et les pressions sans céder ;
- Un leadership pragmatique, axé sur les résultats plutôt que sur les discours.
À travers son passage au pouvoir, elle a démontré que la question n’est pas seulement celle des moyens, mais surtout de la volonté politique, de l’intégrité et du sens de la nation.
Une figure pour inspirer le présent
À l’heure où Haïti cherche désespérément une sortie de crise, le parcours d’Ertha Pascal-Trouillot devrait servir d’exemple. Son héritage rappelle qu’un dirigeant, homme ou femme, peut transformer l’histoire du pays lorsqu’il place l’intérêt collectif au-dessus des calculs politiques.
Son nom, trop peu mentionné dans les débats actuels, devrait revenir au centre des réflexions sur la gouvernance, la transition et la restauration démocratique. Haïti n’a pas seulement besoin d’élections ; elle a besoin de leaders capables de les organiser avec courage et intégrité.
Ertha Pascal-Trouillot l’a fait.
Le gouvernement actuel, lui, ne parvient toujours pas à en faire autant.
Et c’est toute la différence entre un pouvoir qui assume sa responsabilité historique… et un pouvoir qui la fuit.
Jean Dalens SEVERE


























































































































































