
Trafic d’armes depuis les États-Unis
Alors que Port-au-Prince et ses environs vivent au rythme des rafales quotidiennes, la question de l’origine des armes de guerre qui inondent Haïti s’impose avec acuité. De plus en plus de voix au sein de la société civile, du gouvernement et du monde diplomatique accusent les États-Unis d’être à la fois le principal fournisseur involontaire et le maillon faible dans la lutte contre ce trafic meurtrier.
Depuis plusieurs années, un flux constant d’armes automatiques, de fusils d’assaut et de munitions quitte le territoire américain pour alimenter les groupes criminels haïtiens. Ces cargaisons, souvent dissimulées dans des conteneurs commerciaux ou transitant par des ports secondaires, échappent à la vigilance des autorités douanières. Résultat : des quartiers entiers de la capitale haïtienne se transforment en zones de guerre, sous la domination d’armes venues de Miami, de Floride ou des îles voisines.
L’ambassadeur américain en Haïti, Henry T. Wooster, a reconnu récemment, lors d’une entrevue publique, la responsabilité partielle de son pays dans ce drame : Comme de nombreux Haïtiens le soulignent, les armes qui arrivent illicitement depuis les États-Unis vers Haïti déstabilisent le pays. Les États-Unis œuvrent pour mettre fin à ce flux. »
Selon le diplomate, plusieurs opérations conjointes ont été menées par la Sécurité intérieure américaine (DHS) et les forces de l’ordre haïtiennes : arrestations de trafiquants, saisies de cargaisons et formation d’agents spécialisés. En 2025 seulement, plus de 23 000 armes, des millions de dollars en liquide et des stupéfiants destinés à Haïti ont été interceptés.
Malgré ces efforts, la critique reste vive. Pour de nombreux analystes et militants haïtiens, Washington agit trop tard et trop timidement. Le problème, rappellent-ils, est enraciné dans la législation américaine elle-même, qui facilite la circulation et la revente d’armes de guerre sans véritable suivi.
Les experts soulignent aussi la faible surveillance maritime dans la Caraïbe et la corruption portuaire, qui rendent le contrôle encore plus difficile. Le trafic d’armes, devenu un commerce aussi lucratif que la drogue, alimente directement la crise humanitaire et politique haïtienne.
Alors que les gangs continuent de semer la terreur dans la capitale, la responsabilité du voisin du Nord est plus que jamais questionnée.
Pour que la stabilité revienne en Haïti, affirment plusieurs observateurs, les États-Unis doivent agir à la racine du problème, sur leur propre territoire, en régulant strictement la vente et l’exportation d’armes.
Les promesses diplomatiques ne suffisent plus. Il est temps, pour Washington, de passer du discours à l’action , car chaque arme sortie d’un port américain peut devenir, en Haïti, l’instrument d’une tragédie quotidienne.
Carina Petit-Homme


























































































































































